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Mirómonde, l’exposition solaire, lunaire, féerique et visionnaire au musée Rigaud

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Exposition « Joan Miró, Majorque, l’atelier des rêves » du 27 juin au 31 décembre 2026

« Je pense qu’à la fin de ma vie, j’aurai retrouvé toutes les valeurs de l’enfance » 

La première grande exposition consacrée à Joan Miró (1893‑1983) au musée d’art Hyacinthe Rigaud s’inscrit dans le cadre du jumelage entre Perpignan et Palma de Majorque, officialisé en 2024. Cette coopération a permis d’établir un partenariat privilégié avec la Fondation Pilar et Joan Miró de Majorque, principal prêteur de l’événement et dépositaire de l’un des ensembles les plus importants dédiés à l’artiste.

Vernissage  a eu lieu le samedi 27 juin 2026 en présence des élus et de la directrice‑conservatrice Pascale Picard.

Réunissant près d’une centaine d’œuvres, peintures, sculptures, céramiques, dessins, gravures et lithographies , l’exposition occupe les 400 m² du parcours temporaire du musée. Elle propose une immersion dans l’univers de Miró en mettant l’accent sur l’évolution  de son œuvre à partir de son installation à Majorque, à la fin des années 1950.

Dans son atelier majorquin, Miró poursuit une recherche en perpétuelle métamorphose. Le visiteur est invité à pénétrer au cœur de ce processus créatif en mouvement. Des premiers travaux figuratifs réalisés en Catalogne aux grandes toiles gestuelles de la maturité, le parcours met en lumière une tension intérieure « C’est une lutte entre moi et mon malaise, entre moi et la toile. Je travaille jusqu’à ce que le malaise cesse » dit  Miró. Il surprend, intrigue avec une architecture méditerranéenne, sa création porte une vision universelle de l’art, où poésie, liberté et invention occupent une place centrale.

Cette exposition s’inscrit dans la volonté du musée de valoriser les échanges artistiques transfrontaliers qui ont façonné l’histoire culturelle du territoire méditerranéen. Elle prolonge un cycle consacré aux grandes figures du XXᵉ siècle liées à l’espace catalan. En 2025, le musée présentait Maillol‑Picasso, mettant en lumière le rôle essentiel de Picasso dans l’histoire des collections et dans les relations artistiques entre la France et l’Espagne. Cette dynamique se poursuivra en 2027 avec une exposition dédiée à Salvador Dalí.

 Majorque, l’atelier des rêves

« La terre, la terre, rien que la terre… quelque chose de plus fort que moi« , confiait Miró à Georges Raillard en 1977.
Cette première section de l’exposition évoque l’atelier majorquin, véritable île intérieure où l’insularité nourrit la création. Pour Miró  » le temps n’existe pas. N’existe que l’instant ». Son processus créatif est fondé sur deux concepts, le vide et le silence.

Dessins, objets et photographies d’atelier témoignent d’un dialogue essentiel entre l’artiste et son environnement. Majorque n’est pas un décor : c’est une respiration, une manière d’être au monde. Dans ce laboratoire ouvert, les formes explosent, les signes flottent, les couleurs vibrent.

Durant plusieurs années, Miró traverse une phase de remise en question. Il délaisse presque totalement la peinture pour se consacrer à l’estampe et à la céramique. Ce n’est qu’à la fin de 1959, après une autocritique radicale qui le conduit à détruire certaines œuvres, qu’il revient à la peinture. Dans cet espace libéré, les grands formats dialoguent entre eux, chaque toile appelant la suivante, révélant une inspiration plus intime.

 Un artiste au-delà de la peinture
« Ce qu’on appelle l’inspiration vient chez moi à l’imprévu, fort souvent provoqué par la chose la plus banale ». 
Avant de s’établir à Majorque, Joan Miró traverse plusieurs cycles d’expérimentation : l’influence fauve et cubiste des années 1910, la période onirique et surréaliste des années 1920‑1930, puis les œuvres  « sauvages » et vigoureuses de l’après‑guerre.

Le parcours s’ouvre sur les années de formation du jeune Miró à Barcelone, entre 1907 et 1910. À l’École de la Llotja, il découvre un univers qui le marque. Parmi ses professeurs, Modest Urgell (1839‑1919) exerce une influence décisive : ses paysages dépouillés, traversés d’arbres solitaires, de tombes silencieuses ou de plages désertes, s’étirent sous une ligne d’horizon qui semble ouvrir l’espace vers l’infini. Miró évoquera plus tard cette révélation  « Je n’ai jamais oublié cela ».

Miró élabore un répertoire de motifs  récurrents la femme, l’animal, le paysage, la terre, le ciel. Ces figures ne sont jamais de simples sujets : elles incarnent les forces  d’un univers en transformation.  « Pour moi, ce que j’appelle Femme, ce n’est pas la créature femme, c’est un univers », confie‑t‑il.

À partir de 1920, Miró partage sa vie entre Paris et la Catalogne. Il rencontre André Masson, découvre Paul Klee, se lie d’amitié avec Kandinsky et entre dans le cercle des surréalistes. Miró participe en 1925 à la première exposition de « peinture surréaliste », mais dès 1931, il s’émancipe des théories du mouvement pour poursuivre sa propre voie.

À partir de 1944, Miró explore la céramique aux côtés du céramiste catalan Josep Llorens Artigas (1892‑1980). L’empreinte de sa main sur un grand vase piriforme en témoigne : Miró y retrouve la proximité des gestes originels de l’humanité, jusqu’à l’art pariétal.

Une révolution  permanente

 Cette section met en lumière la recherche des résistances, des accidents et des hasards propres à la matière, Miró explore sans relâche les tensions qui l’habitent « Ce n’est pas une évolution. C’est une libération », affirme‑t‑il.Le noir de ses lignes s’épaissit en cernes, comme des chemins, et entre en lutte avec la couleur.La sculpture réactive son goût pour la matière. Bois, métal, pierre, textile, ciment : autant de matériaux récupérés du quotidiens permet un  dialogue direct avec l’espace, et conduit Miró, à partir de 1966, vers le monumental. Il réalise L’Oiseau solaire (1946), dont une épreuve d’artiste est présentée dans l’exposition. Sa ligne pure et dépouillée témoigne de cette quête d’essentiel qui traverse toute son œuvre.

La charge fabuleuse de la tache

Il travaille à partir d’un choc, d’un accident sur la toile.
À la limite  de l’abstraction, au terme d’une vie consacrée à exprimer son monde intérieur, Miró va à l’essentiel. Au seuil d’une carrière internationale, il a accompli l’objectif qu’il s’était fixé dès 1920  « Il faut être un Catalan international ». Il peint loin de la peinture de chevalet, dans la précision du geste calligraphique inspiré de son voyage au Japon cherchant un « ailleurs » minimaliste.

Ainsi, l’exposition invite à regarder autrement, à laisser l’inattendu surgir. Car chez Miró, la création n’est jamais un aboutissement : c’est un passage, une lutte douce, un rêve en mouvement. Et lorsque le visiteur quitte l’atelier des rêves, il emporte avec lui cette part d’infini que l’artiste n’a cessé de poursuivre.

Comme le disait Deleuze  » Créer, c’est résister »

Musée Rigaud
21 rue mailly
Du 1er juin- 30 septembre : ouvert tous les jours de 10h30 à 19h.Du 1er octobre – 31 décembre : Ouvert du mardi au dimanche, de 11h à 17h30 (fermé le 25 décembre)

Tarif 11 euros