Mery SALES “Personnages hors champ” du 19 mai au 13 Juin 2021 au Centre d’Art Contemporain àcentmètresducentredumonde

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Mery SALES

“Personnages hors champ”

du 19 mai au 13 Juin 2021

 

Centre d’Art Contemporain àcentmètresducentredumonde

 

 

« Ces dernières années, ma peinture m’a conduite vers ses lisières. Depuis sa périphérie, j’ai découvert d’autres points de vue, associés à des espaces jusqu’alors niés ou ignorés et qui, pour leur grande majorité, portent des noms de femme : Hannah Arendt, Simone Weil et María Zambrano.
L’empreinte laissée par leurs voix défie les paramètres de leur époque et cherche encore aujourd’hui un espace légitime pour être remarquée. Elles ont toutes trois échappé au carcan de leur époque, notamment parce qu’être une femme philosophe était alors totalement impensable et qu’elles ont osé emprunter une voie qui justement sortait des sentiers battus.
Travailler sur leur pensée procède au début d’un besoin intime inaliénable mais le potentiel de transformation de leur pensée m’amène à la traduire, à ma manière, en peinture et à essayer de la transcender.
Elles nous permettent de faire le lien entre une période et une autre, de dénouer les nœuds du passé pour en tisser de nouveaux dans la trame collective du présent. »
Mery Sales

 

 

«Seuls ceux qui sont capables d’endurer la passion dans les conditions du désert peuvent s’armer du courage qui repose dans la racine de l’action et devenir des êtres actifs.»

Hannah ARENDT

 

«Confondue aux yeux de tous et à mes propres yeux avec la masse anonyme, le malheur des autres est entré dans ma chair et dans mon âme.»

Simone WEIL

 

 

«Il faut s’endormir en haut dans la lumière. Il faut être éveillé en bas dans l’obscurité. En

haut dans la lumière, le cœur s’abandonne, il se livre. Il se recueille. (…) car on y est arrivé,

à cette lumière, sans forcer aucune porte, sans en ouvrir même, sans avoir franchi

des seuils de lumière et d’ombre, sans effort et sans protection.»

 

María ZAMBRANO

 

La définition la plus évidente de l’autoportrait est celle qui le définit comme un portrait exécuté par la personne elle même.

 

 

Une précision qui, dans l’ œuvre de Mery Sales, est le point de départ pour aborder les regards et les voix d’Hannah Arendt, Maria Zambrano et Simone Weil, trois femmes auxquelles Mery allie son propre visage. L’artiste partage avec elles une forme engagée de penser et de participer à la trame poétique de la vie. Elle les analyse pour apprendre sur elle même et trouver des réponses à ses propres préoccupations éthiques et politiques en tenant compte de son identité de genre.

Ce n’est pas par hasard que son œuvre picturale se concentre sur l’identité féminine de ces trois philosophes oubliées, ignorées et même effacées de la pensée occidentale contemporaine. Elles sont ses interlocutrices et le miroir  où  se  regarder  pour  découvrir  tout  ce  qui  est  resté invisible et hors champ.

Leurs portraits, leurs visages en tant que  zone  primordiale  du  corps  qui  privilégie  l’expression humaine président à cette exposition car, pour le dire selon les mots  d’Emmanuel  Levinas  «le  visage  fournit  la  première signification»  et  en  même  temps  «instaure  la signification même de l’être».

 

 

 

À partir de cette considération, l’artiste puise son inspiration dans la vie, la mort, les doutes et les inquiétudes de  ces femmes  dans  l’intention  d’exprimer  picturalement  la  dimension  charnelle  et spirituelle d’une personne dont la condition permanente est la souffrance et une existence plongée dans l’obscurité. Un point de vue que l’artiste met en exergue  dans  un  autoportrait  devant  une  toile blanche vêtue d’une combinaison dont elle est vêtue lorsqu’elle peint

 

Une métaphore par laquelle elle nous fait savoir que la peinture est une deuxième peau et l’art le produit d’un corps humain vivant et ressentant,d’un être humain capable de sentir et se ressentir et  de  percevoir  en  se  percevant.  De  telle  sorte, que l’œuvre de Mery Sales ne peut se concevoir sans  le pathos, sans l’expérience du sentiment humain.

Une  tragédie  qu’elle  cerne  dans  un ensemble  de  portraits  d’êtres  anonymes, changés  en  parias  conscients  par  la  logique impitoyable d’un modèle économique globalisé.

Ce   sont  des   portraits   qui   soutiennent   notre regard   et   qui,   la   peinture   étant   un  art   qui n’exprime pas les pensées avec des mots, nous fait réfléchir sur l’absence d’unité qui domine la vie en commun que nous avons construite

 

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Si les portraits prennent une telle force dans le cheminement de cette exposition, c’est parce que l’artiste se fait l’écho des poétiques participatives qui ont été le fil conducteur de l’art contemporain depuis les dernières  décennies  du  siècle  passé.  En fait,  elle  invite  le  spectateur  à  participer  à  son  processus  de création à travers la rencontre avec nous-mêmes que l’art nous fournit. On pourrait dire que l’itinéraire même  de  cette  exposition nous  offre  un  espace  où  non  seulement  nous  sommes  situés  physiquement mais aussi liés organiquement pour que puisse émerger le semblant de l’existence humaine dans le moment historique  précis  que  nous sommes en  train de  vivre.  De  telle  sorte  que, pour la  philosophe, l’art n’est pas une simple composition dans laquelle les choses se répartissent et occupent une place dans l’espace, mais plutôt le moyen par lequel l’être humain peut pénétrer l’âme et considérer son propre être.

Il  semble  alors  évident  que  dans  les  pièces  picturales  inspirées  par Maria Zambrano est  mise en évidence la lumière que contient le sens poétique qui nous permet de voir et de comprendre  davantage.

 

Une lumière rosée et pourpre qui précède immédiatement le lever du soleil et qui vient symboliser le début de quelque chose par le contact des premiers rayons solaires.

C’est la lumière de l’aurore qui émerge peu à peu d’un ensemble subtilement imprécis. Une observation attentive, nous dévoilera comment Mery Sales joue artistiquement de cette lumière ténue ne donnant pas de netteté à l’image et avec laquelle elle capte la beauté auroréale de la renaissance éternelle du temps

La deuxième philosophe dont l’artiste puise force et motivation est Hannah Arendt, une autre femmequi a résisté avec dignité aux assauts de la guerre et de l’exil auquel elle fut contrainte.

Pour cette philosophe, les grandes tragédies humaines, tel que l’holocauste juif ne peuvent s’entendre uniquement par la simple information de l’événement. Elles ne peuvent être réglées expéditivement par uneprétendue objectivité qui serait plus indifférence qu’impartialité.

Ces attaques exigent d’être envisagées sous le signe de l’indignation. Drapée dans ce sentiment, elle écrit sur l’action, la condition humaine et les totalitarismes. Pour Hannah Arendt, ce qui est pertinent c’est que l’émotion n’est pas le contraire de la raison mais de l’insensibilité

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Simone Weil clôt la trilogie des philosophes qui ont inspiré l’artiste et qui rendent compte de laprofondeur de leurs affinités électives. Les trois penseuses ont fermement mis leur énergie dans un autre type de logique et un autre type de langage

Somme toute, elles proposèrent une autre sorte de « griffes »qui permette de comprendre, exprimer et conter ce qu’il advint au XXème siècle. Toutes trois n’entrèrent pas dans le moule de l’académisme et leurs idées furent considérées parfois comme un délire et d’autres fois comme une dérive de la philosophie traditionnelle perçue comme une simple recherche théorique.

En cela, Simone Weil se pose en vrai exemple car elle décida de vivre avec vaillance et honnêteté l’expérience de la pensée en révélant les contradictions internes de la pensée pure.

À cela, il faut en outre ajouter la gêne et la perplexité que provoquèrent la ligne littéraire et mystique de ses écrits. Un rejet que subirent aussi les œuvres de Zambrano et d’Arendt et qui fut en grande partie surmonté.

Dans son ensemble, l’exposition est une narration visuelle de la pensée des trois philosophes et de l’artiste elle-même qui, non seulement, nous parle d’elle mais aussi de nous, qui vivons cette période de déracinement où la politique se confond avec le pouvoir et où les images médiatiques sont utilisées pour neutraliser tout jugement réfléchi.

 

 

 

Amparo ZACARÉS. Le cœur battant dans le regard, 2020

 

“Mer, vaste, aux mortels malheureux sois propice,

pressés sur tes bords, perdus sur ton désert.

À qui va sombrer parle avant qu’il périsse.

Entre jusqu’à l’âme, ô notre sœur la mer.

Daigne la laver dans tes eaux de justice.”

Simone WEIL

 

« Lorsque tous ou presque tous sont coupables, personne ne l’est »

Hannah ARENDT

 

« L’humain était le contenu de la définition de l’homme et la femme restait toujours dans les limites, exilée, et, comme toute réalité rejetée, infiniment redoutable»

 

María ZAMBRANO

 

« Seulement dans la solitude on sent la soif de vérité »

María ZAMBRANO

 

 

«L’attention consiste à suspendre sa pensée, à la laisser disponible, vide et pénétrable à l’objet, à maintenir en soi-même à proximité de la pensée, mais à un niveau inférieur et sans contact avec elle, les diverses connaissances acquises qu’on est forcé d’utiliser. […] Et surtout la pensée doit être vide, en attente, ne rien chercher, mais être prête à recevoir dans sa vérité nue l’objet qui va y pénétrer.»

Simone WEIL

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Centre d’Art Contemporain àcentmètresducentredumonde
3, avenue de Grande Bretagne

66000 PERPIGNAN

Horaires : Ouvert du mardi au dimanche de 14h à 18h
Web : www.acentmetresducentredumonde.com

 

 

TARIFS

Tarif normal : 5 euros

Tarif réduit : 3 euros pour les étudiants de moins de 27 ans, demandeurs d’emploi, personnes handicapées, groupes de plus de 10 personnes, membres des associations des amis de musées perpignanais sur présentation de leur carte d’adhérent et les artistes plasticiens.

Entrée gratuite : pour les moins de 18 ans, les centres de loisirs, les classes accompagnées, étudiants en écoles d’art, d’histoire de l’art ou arts plastiques de moins de 27 ans, les membres de l’I.C.O.M., les membres de l’A.C.C.F. sur présentation de leur carte et la presse.

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