EXPOSITION D’ART CONTEMPORAIN YVES HAYAT “L’Enfer du décor” Du 12 mars au 22 mai 2022

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La direction de la Culture de la Ville de Perpignan et Castang-Art-Project ont le plaisir de présenter l’exposition d’art contemporain L’enfer du décor du plasticien Yves Hayat. Dans une autre vie, l’artiste a travaillé dans la publicité. Il a gardé de cette expérience le goût du slogan et de l’esthétique au service d’un discours artistique qui n’a plus rien à voir avec la finalité mercantile des publicitaires flattant notre désir d’absolu, nous amenant à croire que notre bonheur est lié à ce que nous possédons.

Yves Hayat se sert des codes de cet « art » de l’illusion pour les détourner et nous montrer ainsi l’envers du décor… Le revers de la médaille, faite d’or et de lumière sur une face, tachée de sang et assombrie de l’autre par nos pires démons, bien cachés sous le lustre brillant des apparences. Une nouvelle façon d’appréhender le mythe de Dorian Gray, ce personnage d’Oscar Wilde qui commettant
les pires exactions gardait sa beauté angélique, tandis que seul son portrait subissait les outrages de ses excès. Ou comment l’art a le pouvoir de nous révéler tous les secrets, même indicibles, de la nature
humaine

.

Boostées par les réseaux sociaux, les apparences ont pris le dessus, aujourd’hui plus que jamais. Poussés par notre désir de perfection et de bien-être, nous succombons au charme irréel des images sur papier glacé qui nous font rêver de beauté, de luxe, de gloire, de jeunesse éternelle… Amnésie ou exutoire de toutes nos failles, de notre histoire barbare, passée ou présente, niant les fondements de notre condition humaine. La réponse d’Yves Hayat à ce constat ? Manipuler les manœuvres consuméristes, nouvelle religion des temps modernes, en détournant ces objets de désir pour essayer de nous ouvrir les yeux.
Dans ses œuvres, l’illusion est parfaite. La beauté presque intacte de l’objet du fantasme nous attire comme des mouches, nous séduit. L’artiste se sert de cette attraction pour délivrer son message,
y insuffler une nouvelle matière : la conscience.

Les leçons du Pop Art et des ready-made sont présentes dans cette démarche artistique. Yves Hayat utilise l’image d’objets de consommation, désacralise le statut de l’œuvre d’art en déviant le sujet d’origine à coup de logos ou de slogans/titres pour en modifier le sens. Mais lui s’attaque à tous les sujets sensibles, intemporels ou actuels. Il dénonce et nous questionne sur la guerre, la violence, la religion, la misère, la vieillesse, la mort, notre société et la consommation, le lobbying, l’affairisme,
les nouvelles technologies et le pouvoir grandissant des GAFAM, ces géants du web qui nous fontcraindre pour nos libertés.

Dans ce monde des illusions, la beauté de l’œuvre demeure en dépit des thèmes abordés. La transparence du discours de l’artiste, basée sur des codes que nous maîtrisons tous, fait écho à celle du plexiglass qui emprisonne les œuvres, les rendant brillantes, inaccessibles, arborant le vernis du luxe. Cette dualité entre la forme et le fond du sujet a une double importance : Nous charmer dans
un premier temps pour nous amener doucement à réfléchir.

C’est « L’Enfer du décor» au C.A.C. !!!!!!!

Le décor, c’est le lieu où se passe une action. C’est l’environnement dans lequel nous vivons.
C’est aussi quelque chose qui permet de cacher ce que l’on n’a pas envie de montrer, ou qui va positionner une histoire ou une action dans un endroit différent de celui où l’on se trouve vraiment.

Le décor c’est un mensonge.

Yves Hayat se plaît à montrer la beauté sous toutes ses formes : les icônes, les stars, les parfums, les marques de luxe… Mais la beauté nous cache toujours quelque chose, l’envers du décor. Entre les mains de l’artiste, cela devient «L’Enfer du décor».

Beaucoup de critiques ont écrit sur le travail de Yves Hayat. Je vais donc essayer de ne parler que de mon interprétation la plus personnelle des œuvres présentées dans cette exposition.

Dans «Hymne à la beauté », Baudelaire nous transporte déjà dans ce que l’artiste veut nous faire ressentir, cette ambiguïté dualiste qui oscille entre le bien et le mal, la vie et la mort. Une double lecture qui va mettre le spectateur face aux réalités politiques, sociales et religieuses de notre monde, tout en montrant aussi qu’il est important de vivre même si c’est en Enfer
.

«Business must go on» nous fait découvrir les logos du luxe qui décident de nos rêves, de nos envies, et ils demeureront malgré les guerres, les bombardements, les attentats.

Des objets et des accessoires présentés par des déesses qui peuvent devenir des cibles; des icônes qui à force de tout avoir sans jamais rien demander en arrivent au suicide, la seule chose qu’elles auront vraiment choisie. Et quoi de plus beau qu’une fleur, même avec des épines en barbelés, qui nous donne l’envie de vivre.

Même Coco peut pleurer, l’argent et la réussite ne font pas toujours le bonheur.
Dans «Concerto Facciale », cette femme qui fut belle, universelle et qui s’aperçoit que le temps ne l’oublie pas, va s’infliger des lacérations et des blessures pour ne plus voir les méfaits de l’âge.

Dans «Iced World » les sorbets mutilés mettent en opposition le monde de l’enfance et ce monde fou dans lequel nous vivons.

Et pour finir la série «Boites Noires» qui symbolise parfaitement la fin de nos libertés.
Libertés que nous perdons insidieusement en nous amusant sur nos téléphones portables.
Yves Hayat nous donne à réfléchir.
Yves Hayat nous montre le Paradis et l’Enfer.

Roger Castang
Commissaire de l’exposition

Du 12 mars au 22 mai 2022

Centre d’art contemporain

Place du Pont d’en Vestit • Perpignan

Du mardi au dimanche, de 11h00 à 17h30

Entrée libre
Vernissage le samedi Du 12 mars à 11 heures

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