Matisse ou l’esthétique du bonheur
« L’optimisme de Matisse, disait Aragon, c’est le cadeau qu’il fait à notre monde malade… »
Le monde se réenchante grâce à un tableau !
Cette excellente collection « Le roman d’un chef-d’œuvre » consiste à ce qu’un auteur narre la création d’une œuvre d’art en mêlant histoire et récit, mettant en lumière dans ce livre Matisse et « La Danse », réalisée en 1909, qui fut le point de départ d’une série qui durera toute sa vie, sous différentes déclinaisons fortement encouragées par un riche collectionneur russe, Sergueï Chtchoukine, dans un but décoratif. Le poète Éric Sarner, qui se qualifie de « voyageur-chroniqueur », a choisi de nous transposer à Vence, où vécut Matisse dans une maison surnommée « Rêve », en conversation avec sa fille Marguerite, souvent oubliée, et pourtant peinte par son père, apparaissant dans une centaine d’œuvres, une aide précieuse dont le reflet incarnait le temps qui passe. Muse discrète, elle a joué un rôle essentiel auprès de l’artiste, autant dans l’élaboration de son œuvre que dans sa diffusion.
Peu à peu, subrepticement, le narrateur nous invite à entrer dans « La Danse » et à ressentir des émotions au cœur d’un cheminement. Quand Matisse parle de la marche d’un tableau, c’est bien de mouvement, de dynamisme dont il est question, avec des danseurs androgynes où se déploie la liberté des corps nus, dans une ronde inspirée de la sardane, une farandole bien connue des Catalans que le peintre a vue à Collioure. Symbole d’une communion joyeuse collective, « tout ce qui est lourd devient léger », clame Nietzsche. L’œuvre d’art devient une chorégraphie visuelle, en quête d’harmonie, en en faisant une expérience vibratoire. Il s’agit de vivre dans l’espace, la danse qui réunit le corps et les émotions, une thématique récurrente dans le fauvisme. C’est sauvage, primitif, c’est l’élan de la liberté qui incite à s’unir dans le cercle. La danse a été une grande passion de Matisse, elle est polysensorielle, c’est plus qu’un divertissement, c’est un art total.
Vous apprendrez dans ce livre de 102 pages comment Matisse a découvert son talent de peintre. En quelles circonstances ? Les premières toiles signées de l’anagramme de son nom, ainsi que ses influences, qui vont de l’art décoratif, du textile, des icônes, des peintres qu’il admirait (Moreau, Cézanne, Bonnard, Giotto, Miró…), de ses voyages et de ses portes, si nombreuses dans ses toiles, comme des passages. Le lien entre la chapelle des Rosaires de Vence et « La Danse »…
Ce récit lumineux et sensible s’enrichit de deux tableaux insérés dans les rabats, ainsi que de textes d’auteurs offrant des regards croisés sur Henri Matisse.
Un bel ouvrage !
L’auteur : Éric Sarner, poète, documentariste et traducteur, au contact de plusieurs cultures, langues et horizons, explore au gré de ses élans des thèmes et des formes d’une grande diversité. L’œuvre d’Henri Matisse nourrit depuis toujours son imaginaire. En 2014, il reçoit le prix Max Jacob pour « Cœur chronique », puis en 2024 le Grand Prix de poésie Robert Ganzo pour l’ensemble de son parcours.
Éditeur : Ateliers HD
14,90 €
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