Andrej Pirrwitz “Les couleurs du silence” Du 2 juillet 2022 au 2 octobre 2022

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La direction de la Culture de la Ville de Perpignan et Castang-Art-Project présente l’exposition d’art contemporain Les couleurs du silence du photographe plasticien Andrej Pirrwitz. Cet artiste allemand est existentialiste. Il a grandi à l’ombre de l’utopie communiste, a connu la chute du mur de Berlin et de l’ancien bloc soviétique. Il a expérimenté l’ouverture vers un Occident tourné vers l’hédonisme aveugle d’une société régie par l’argent et en est revenu chargé de questionnements, de doutes et de désarroi. Où se trouve la vérité, le juste chemin qui nous mènerait au bonheur simple de vivre, d’Être sans prétendre, avec le pire et le meilleur qui accompagnent toute vie ? Ou est-ce, là aussi, une belle utopie ?

Andrej Pirrwitz dévoile des lieux intemporels, dépouillés, en cours de délabrement, où l’activité humaine glorieuse du passé n’est plus. Seules subsistent les traces d’un passage fragile, chargées d’histoires et de vies, mais inexorablement vouées à disparaître. À la manière des romantiques du XIXe siècle, l’artiste projette dans ces ruines l’incohérence de l’existence, la relativité de toute chose que nous occultons souvent pour ne pas perdre pied. On s’attache au matériel, à la technologie, à la science, à l’art, au progrès, on fait des guerres aussi, des conquêtes pour des idées, des territoires ou pour le pouvoir… Tout pour oublier que demain nous ne serons plus ! Ou peut-être simplement pour laisser une trace ?

Cette tradition des vanitas existe sous différentes formes depuis l’Antiquité. En Occident, les danses macabres médiévales ou la Renaissance développent volontiers ce thème et durant le Baroque, il prendra un essor flamboyant. Andrej Pirrwitz perpétue et renouvelle ce genre avec son propre langage. La symbolique change et colle à notre temps : Chaise, table, porte-manteau, tabouret, coussin, lit ou fauteuil qui ont perdu de leur superbe, témoignent d’une existence à la recherche de confort, de bien-être, de facilité ; Détritus ou urinoirs (clin d’œil à Marcel Duchamps ?), nous ramènent à la nature humaine dans ce qu’elle a de plus triviale ; les verres et bouteilles dans leur transparence fragile évoquent la vie, la fête, l’alcool, l’oubli ! Livres et pots de peinture ne sont pas épargnés et mettent en avant la fatuité de toute création.

Dans ces univers industriels et froids, parfois une « ombre » erre, souvenir d’une occupation passée. Les contours de ces silhouettes à la dérive sont vagues, flous, évoquant le mouvement et pourtant statiques. Ces êtres désincarnés, par le Temps ou par l’absence, semblent se débattre, chercher une sortie pour échapper à ce huis clos de murs et de briques… Ou est-ce pour se cacher ? Ces lieux hostiles et inquiétants ne s’y prêtent pourtant pas ! Mais peut-être l’étaient-ils au temps de leur splendeur ? À présent, les fenêtres avec vue donnent sur un mur et les portes débouchent sur un autre mur…

Malgré le malaise provoqué par un environnement anxiogène, les prises de vue d’Andrej Pirrwitz se structurent comme des tableaux où les perspectives ouvrent le champ des possibles. Le cadrage rigoureux amplifie la géométrie des formes, ce qui atténue et contraste avec le chaos ambiant. Les couleurs passées y sont douces, une lumière claire et indirecte apaise et met sur un plan d’égalité toute chose. L’Espoir se cache peut-être dans cette lumière venant de l’extérieur ? Et sans doute nous mène-t-elle vers la grande absente de ces décors… La Nature, qu’elle soit humaine ou pas !

https://www.facebook.com/presscatinfo/videos/1267890337366025
Entrée gratuite

Centre d’Art Contemporain
Place du Pont d’en Vestit
66000 Perpignan

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