la penseur et la grace , une belle exposition à découvrir au musé Rigaud

Exposer Jean et Jacques Capdeville, c’est d’emblée instaurer un dialogue entre deux hommes unis par le même patronyme mais dont les œuvres ont emprunté des voies étroites qui ne semblent se croiser. Jean, l’oncle, a fait de la peinture son « bâton d’aveugle » pour ne pas tomber, son guide, son compagnon dans ce pèlerinage artistique.
Créer comme on respire, pour s’arracher à la pesanteur qui nous cloue et atteindre la grâce. Jacques, le neveu, semble emprunter un chemin moins doloriste vers une peinture élégante et gracieuse, une peinture de l’espace, posant tout en délicatesse sur des toiles libres fleurs, papillons et brins d’herbe. À l’austérité et l’ascétisme de l’un semble répondre la légèreté nonchalante de l’autre. À la gravité de Jean, le regard amusé de Jacques.

Si la conversation peut sembler malaisée tant les œuvres paraissent éloignées, elle sait réserver des surprises et des étonnements et c’est bien là que réside la magie du dialogue. Des tempéraments contraires qui se découvrent des affinités, des coq-à-l’âne riches de sens, des mots échangés à bâtons rompus, poésie visuelle, magie des rapprochements et trouble des affleurements.

L’exposition se propose de faire dialoguer ces deux œuvres pour mieux en dégager les lignes de force et en souligner l’ambivalence. Un rapport à la nature, les farouches Albères qui accueillent les ateliers des deux peintres, mais également un retrait au monde par l’usage quasiment monochrome de la couleur. Le noir pour Jean et le blanc pour Jacques construisent un espace mental sans plus aucune référence aux couleurs du monde. Un noir mat, monolithique, dont Jean recouvre toile et papier, lui faisant revêtir la douleur du deuil ou l’indécence du luxe. Un noir malléable et omniprésent qui colonise son œuvre entier.

Et le blanc – pas vraiment virginal – de Jacques, qui accueille son trait, libre et gracieux. Au travers une sélection de toiles, œuvres sur papier et livres d’artiste, l’exposition rapproche ces deux parcours singuliers et les laisse exister dans la liberté des rapprochements proposés

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