Mme Butterfly : Un papillon aux ailes brisées à L’Archipel

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Le livret de l’opéra résulte de la combinaison de trois œuvres auxquelles le roman de Pierre Loti sert de base

Mme Chrysanthème(1887) de Pierre Loti

Mme Butterfly(1898) de John Leuther Long

Madame Butterfly(1900) de David Belasco

On rattache généralement l’œuvre de Puccini au vérisme, terme provenant de l’italien verismo formé de vero, “vrai”. Il s’agit d’un mouvement artistique italien né en 1890, proche du naturalisme français.

L’action se déroule au Japon, dans la baie de Nagasaki, vers 1900.
L’officier américain Pinkerton découvre sa future épouse Cio-Cio San – dite Madame Butterfly – geisha de quinze ans dont la famille réprouve le mariage.

Une pratique très courante où les officiers de marine étrangers pouvaient ”épouser” une geisha seulement pour leur séjour.

Le consul des Etats-Unis, déconseille cette union à Pinkerton. Toutefois, le soir de leurs noces, Pinkerton embrase le cœur de la jeune fille, qui répond à son amour avec timidité avant de se donner ardemment à lui. Trois années passent. Rentré aux Etats-Unis, Pinkerton n’a donné aucune nouvelle à Butterfly, qui ne cesse d’attendre son retour, persuadé que l’officier viendra la retrouver… et découvrir l’enfant qu’elle a eu de lui. Sharpless, qui sait que Pinkerton a refait sa vie dans son pays et s’est marié, demande à Butterfly ce qu’elle ferait s’il ne revenait jamais. Elle se tuerait, répond la geisha.

L’opéra s’ouvre sur le décor très japonisant avec trois panneaux qui laisse passer une lumière chatoyante, jouant sur la perception intérieure et extérieure de la maison de Cio-Cio-San ( papillon ) qui évolue selon ses bouleversements psychologiques jusqu’à l’effondrement.
Sous la musique suave et sensuelle de Puccini, c’est la confrontation de deux mondes, celui du Japon traditionnel et de l’Amérique conquérante et insouciante qu’il dénonce.
Il nous livre un subtil portrait féminin, bouleversant de sensibilité qui arrive encore à notre époque à nous émouvoir jusqu’aux larmes par son intensité dramatique.

Noriko Urata excelle dans cette incarnation vibrante de l’âme pure et douloureuse de Mme Butterfly, éperdue d’amour telle une ”une déesse de la lune” qui aura la vie éphémère d’un papillon à qui on va briser les ailes et les rêves.
Elle nous émeut dans sa passion et sa retenue tout en justesse dans l’air le plus connu ”un bel di vedremo” un jour, il reviendra…..parée de somptueux kimonos raffinés de Véronique Henriot inspirés des estampes du célèbre peintre du 18ème ”Jakuchu” d’animaux et de fleurs dont la série à fait l’objet d’une exposition unique au Petit Palais à Paris en 2018.

La force de l’émotion avec sa servante Susuky ( Magali Palies) dans une étreinte démontre toute la compassion, l’amour et le désespoir. Elle est comme le spectateur qui voit venir le drame mais qui ne peut rien faire pour sauver de la folie sa maîtresse, car le metteur en scène a pris le parti de faire de la maternité, une illusion comme son mariage.

Parmi les scènes poétiques, soulignons celle où elle embaume toute sa maison d’un tapis de fleurs qui retombent avec tristesse enveloppant l’amoureux absent d’un lyrisme envoûtant, empreint de vagues et de variations. Un cœur simple nourrit d’espérance, d’attente et de solitude qui s’approprie les paroles inscrites sur le sabre, en sacrifice ”Que meure avec honneur celui qui ne peut vivre dans le déshonneur” en l’occurrence redevenir une geisha. On en sort chaviré….Un moment suspendu.

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