L’ORESTIE : La vengeance en action dans le palais des Atrides

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Georges Lavaudant a préféré une mise en scène dépouillée où le texte est au centre de cette pièce-monde.
Sobre mais efficace. C’est grâce à la présence des acteurs dans l’espace vide que se forge la représentation, il n’est nul besoin de fioritures.

Comme élément de décor, un mur de marbre fendu, symbole des fissures familiales et de la pierre tombale qui les suit depuis la nuit des temps, et où se jouent les drames de la famille maudite, dénuant à pas feutrés le voile mortel de la vengeance.

Les comédiens aidés de la traduction claire et théâtrale de Daniel Loayzal, semble tout droit sortis du monde antique tout en insufflant un subtil mélange contemporain alliant effets visuels et sonores. On écoute sous tension le texte qui nous saisit, on savoure les mots, happé par un temps qui entretient par intermittence notre voyage, d’hier et d’aujourd’hui avec un train qui défile à toute vitesse et qui surprend le spectateur.
Les vêtements noirs de deuil se transforment rapidement en rouge écarlate.
La dissimulation à nommer” les morts”, l’évitement, le refus d’écouter la voix de Cassandre crée un malaise d’ambiguïté parfois sexuel puisque ” Clytemnestre” est qualifiée de ” femme au cœur d’homme” mais aussi peut prendre un sens religieux et politique.

Eschyle montre que l’on peut sortir d’une guerre civile en ne niant pas le conflit mais qu’il est possible de pardonner à ceux qui ont tué et de mettre fin au cycle sans fin de la violence pour donner naissance à une nouvelle conception de justice. Soulignons l’une des scènes, la transformation des Érinyes vengeresses devenues des divinités positives portées par la déesse Athéna, lumineuse.
C’est une subtile pièce à tiroirs multiples où l’on réfléchit, on s’indigne et on revendique un droit nouveau face aux lois anciennes.

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