Le service public, c’est la République du quotidien

J’ai toujours apprécié la pensée du Doyen Léon Duguit, figure de ce que l’on nomme en droit « l’École du service public ».

Dans une veine « solidariste », Léon Duguit expliquait en 1901 l’interdépendance entre les notions d’« État », de « Solidarité » et de « Service public » : l’Etat permet la solidarité, la solidarité s’exprime par le service public, il n’y a pas de service public sans fonction publique et statut des fonctionnaires.

Ainsi, le statut de la fonction publique légitime le service public, qui légitime la solidarité nationale, qui légitime l’Etat.

Ce n’est pas un hasard si le statut de la fonction publique a été pensé par la Conseil National de la Résistance et s’il s’agit d’une des dernières mesures instaurées par le Gouvernement provisoire de la République française avant qu’il ne laisse la place à la IVème République. On ne peut se dire gaulliste et refuser à la nation le moyen de s’administrer elle-même.

Bien entendu, en plus d’un siècle, la notion d’Etat s’est élargie, notamment aux collectivités territoriales, et certaines missions publiques ont été transférées au secteur privé. Cependant, quand le marché impose des fractures avec des inégalités entre classes sociales et entre des territoires, il est nécessaire de revenir aux fondamentaux du service public « à la française ».

Les services publics permettant une redistribution sociale et territoriale, ainsi que les services publics nécessitant une forme de contrainte régalienne pour garantir les biens collectifs comme la sécurité, la santé ou l’éducation, ne peuvent souffrir d’une attaque contraire à la « troisième voie » française initiée par le Général de Gaulle qui promeut une politique publique au-delà du socialisme et du libéralisme.

C’est tout le contraire de ce qu’entreprend le gouvernement actuel avec un mépris du service public qu’il soit régalien (avec par exemple le rejet des revendications légitimes des personnels pénitentiaires) ou qu’il soit un facteur de redistribution social et territorial (avec par exemple la fermeture de 300 classes d’écoles en milieu rural).

Il faut éviter de tomber dans la caricaturale campagne de communication du gouvernement qui pour promouvoir sa « start-up nation » favorable seulement à une petite élite urbaine et privilégiée, attaque le statut des fonctionnaires, oubliant l’histoire singulière du service public à la française et son rôle dans la réactivation du pacte républicain.

Parce qu’ils sont la République au quotidien, les services publics sont notre bien commun. Oui, ils doivent être bien gérés. Mais si nous devons les réformer, cela doit se faire sans caricaturer et en soutenant ceux qui se dévouent tous les jours pour que l’État et la nation soient partout chez eux en France.

Olivier Amiel
Adjoint au Maire

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