Graham Swift “Le dimanche des mères” Traduit par Marie Odile Fortier Masek

Dans l’intimité d’une journée d’une domestique qui va changer son destin

Dans la campagne anglaise en ce jour du 30 mars 1924, il est de coutume dans l’aristocratie, chaque année, de donner congé aux domestiques pour qu’ils aillent rendre visite à leur mère le temps d’un dimanche.
Jane, 22 ans. domestique chez les Niven se pose une question.

Comment profiter de cette journée quand on est orpheline ? Elle a le choix entre lire un bon livre de Conrad, auteur qu’elle affectionne particulièrement ou bien rejoindre son amant Paul sherigham qui l’invite à le rejoindre dans sa demeure, vide de ses occupants pour un dernier rendez-vous. Car celui-ci va épouser une riche aristocrate décrite comme “un vase de porcelaine “. Un vase, c’est beau mais on ne le touche pas!!!
En cette magnifique journée, elle part à bicyclette le retrouver… l’auteur soucieux des détails des décors de l’intime effleure les différences de classe sociale à travers les bijoux d’argent pour lui et de pacotille….pour elle. La coiffeuse, le dressing opposés à un simple baluchon.

Tous les détails de cette journée seront gravés à jamais dans l’esprit de Jane et vont être revisités à travers ses yeux, devenue une vielle dame.

Jane aime les mots et dans le lit, elle imagine la scène et anticipe le départ de son amant. Elle va déambuler après l’amour dans » le petit temple masculin «parmi les pièces de la maison, contempler les tableaux de maître échelonnés le long de l’escalier, s’admirer dans les grands miroirs et découvrir une pièce qui va changer son existence et lui ouvrir les portes d’un autre monde. D’une faiblesse elle en extraira une force et deviendra quelqu’un.
Le temps est constamment présent dans le roman à travers les horloges de ces maisons muettes, figées dans le temps à l’ombre du monde en mouvement.
Un très beau livre teinté de sensualité, émouvant dans le silence des êtres, les émotions étouffées du fait du carcan de la condition sociale. Mais aussi le désir de l’auteur d’inscrire dans cette époque là, la douleur des mères qui ont perdu des fils à la guerre et le déclin de l’aristocratie.

Citation : “Une domestique, qu’est ce si ce n’est être invisible et indispensable”.

Editions Gallimard

E.L

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