contes à travers les Pyrénées-Orientales, Editions les Presses Littéraires

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Qui êtes-vous ?

Caroline Chemarin épouse Gambade, née le 18 octobre 1977. Maman de trois enfants. Animateur culturel sur la zone Rome-Campanie.

Professeur de Lettres classiques et Histoire des Arts successivement en poste à Toulouse, Laon, Lézignan- Corbières, Perpignan, Le Robert(Martinique), Andorre.

 

 

Est-ce votre premier livre ?

Ce n’est pas mon premier livre. Ce sera le septième… Cela faisait très longtemps que je voulais travailler et écrire sur notre département.

Mon premier recueil était consacré à l’histoire de la Martinique où j’enseignais alors depuis huit ans. Il est sorti en décembre 2017, afin d’accompagner les commémorations liées aux 170 ans de l’abolition de l’esclavage de 2018.

Mes autres livres, principalement des contes bilingues pour les tout-petits, sont sortis à partir de 2018. C’est à ce moment là que j’ai découvert que j’aimais beaucoup écrire pour les (très jeunes) enfants. Ils sont implacables : ils s’intéressent à l’histoire et non à l’auteur.

 

Rencontrer « celle qui a écrit Mousse » n’a absolument pas la même valeur que « rencontrer celui qui a écrit Eragon ». Pas d’écrivain star chez les petits mais des yeux pleins de curiosité, des questions précises sur les animaux méconnus de l’histoire, des ajustements de vocabulaire, ou des précisions purement techniques. C’est un rapport au texte très intéressant.

 

 

Comment l’idée de ce recueil est-elle née ?

L’idée est née de rencontres, d’échanges et d’une sorte de défi. Le retour à l’écriture par le biais de

l’histoire des Antilles m’a beaucoup aidée. C’était une sorte de « masque », d’approche prudente ou timide… Le fait de présenter le rapport à la culture et à la langue créoles lors des JACES de l’Université de Perpignan -précisément là où j’avais abandonné l’écriture au profit de la lecture et de l’analyse- a été un moment très important pour moi.

 

Le débat qui a suivi mon intervention m’a permis d’appréhender véritablement cette histoire de « masque ».

 

Je savais bien qu’en parlant du voyage sans retour des Africains vers les Antilles, il y avait là la mémoire de tout ce que j’avais entendu sur les camps ; je savais bien à qui je pensais quand j’écrivais : « que devient un homme qui n’entend plus prononcer son nom ? » mais les questions que l’on m’a posées sur le Créole et l’identité martiniquaise ont réveillé d’autres questions et des souvenirs. En évoquant l’importance du nom dans le processus d’abolition et de conquête de l’identité, j’ai été amenée à me questionner sur les noms catalans qui ont fait l’objet de recherches extrêmement précises et les échanges se sont poursuivis bien au-delà de ma seule présentation. Ils ont d’abord pris corps dans une collection multilingue centrée sur les langues enseignées en France comme LCR (régionales) et se poursuivent ici, dans ces facéties.

 

 

Combien de temps vous a pris l’écriture de ce livre ?

L’écriture, l’illustration, la relecture et le classement des contes de ce livre ont duré exactement le temps du confinement. La surexposition aux écrans pendant cette période m’a obligée à revenir à la façon de composer que je préfère : l’écriture à la main.

 

Le processus était presque toujours le même. D’abord, le choix du lieu : un endroit nécessairement

signifiant pour moi. Ensuite, les recherches, lectures, échanges qui, de lien en découverte, pouvaient mener à des textes surprenants comme l’opéra

 

EXTRAITS

 

 

 

L’INTERVIEW catalan La Fada ou le livre de recettes de Mestre Robert. Je me suis amusée à lire en langue d’origine et puis en double texte, souvent sur de très vieux supports numérisés.

Venaient ensuite l’assimilation, les vérifications et la connexion des informations qui est effectivement le moment du jeu: sans le dénaturer ? Comment le raconter comme dans un sourire?

de quoi parle-t-on ? Que veut-on en dire ? Qu’en ont dit les autres ? Comment réinventer le lieu L’écriture proprement dite n’est que la réponse à ces questions.

 

Le moment très agréable où l’on restitue toute nos explorations sous une nouvelle forme :

la narration. J’éprouve beaucoup de bonheur à raconter. Quand l’histoire n’attendait qu’à être notée, je ne lâchais généralement le stylo que la transcription achevée. Le pire ? La relecture, souvent difficile pour moi. Ni béate, ni amère…

 

 

 

 

C’est le moment exact où le plaisir du jeu cesse pour laisser la place à la rigueur du correcteur.

Il faut être plusieurs : mon mari a fait preuve à ce moment-là d’une patience dont je me sais incapable. Le petit rituel : la lecture, par téléphone, à d’autres victimes, mes parents. Inutile d’espérer se défausser j’ai besoin de l’épaisseur du silence téléphonique, absolument dénué d’image pour entendre leur réaction.

J’ai toujours relu ainsi : avec d’autres oreilles, cela me permet d’appréhender

le texte de l’extérieur

 

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Avez-vous rencontré des difficultés ?

Pour ce qui est de ce livre particulier, les contes directement liés à l’Histoire m’ont pris énormément de temps. Vous savez, l’Histoire, avec ce terrible H majuscule qui en fait une science. Humaine, certes, mais redoutablement « science » quand même.

 

Si j’éprouve un grand bonheur à raconter, composer, construire et déconstruire, l’Histoire me fait l’effet d’une très vieille dame, respectable et inaccessible, que l’on ne voudrait ni choquer ni offenser et il y a toujours, quand on n’est pas historien de formation, cette crainte d’être illégitime, superficiel, brouillon… Inconsciemment mensonger.

 

 

Or, il s’agit bien ici de contes, de créations littéraires…

 

L’histoire d’Angela Xanxo qui, outre le cadre historique, est une invention, m’a demandé deux fois plus de temps que celle de Mestre Guineu, facétie purement imaginaire et littéraire. Quant à celle de Lampégie…

J’ai bien cru devoir y renoncer à force de la recommencer. Tant de voix ont raconté cet épisode dans tant de langues… Je crois bien que les sources ont fini par devenir des personnages incontournables de ce conte. Petite vengeance.

 

 

 

Votre expérience professionnelle (ou personnelle) vous a-t-elle été utile pour la création de ce livre ?

 

 

Ma formation de Lettres Classiques nourrit en grande partie mes contes. J’y ai finalement appris le

retour régulier -ce qui fera sourire mes anciens professeurs- aux textes antiques et la nécessaire vérification du mot, qui dit souvent plus qu’il n’y paraît. Évidemment, mes voyages dans le Latium et en Campanie comme animateur-culturel et le cursus qui les a précédés m’ont incitée à poser sur les lieux un œil singulier et surtout, nous disait-on alors, à « accompagner le regard » de ceux que nous guidions. Cette « déformation professionnelle » ne m’a jamais quittée et partout, ma première question est : « que pourrait- on raconter ici ? »

 

 

 

 

 

Ce plaisir du regard narratif a ensuite été très important dans le cercle familial. D’abord auditeurs, mes trois enfants ont très vite raconté et inventé de diverses manières. Plus jeunes, ils étaient intarissables dans les musées et je me souviens avoir supplié un gardien de fermer une salle en affirmant qu’elle était « en travaux » pour sortir enfin après plus de cinq heures de visite avec un enfant de quatre ans qui semblait ne jamais avoir faim tant il prenait de plaisir à inventer ou écouter ce que représentait chaque toile. Analyse proposée par l’audioguide ou joyeux mensonge, tout lui tenait lieu de repas. Aujourd’hui, nous échangeons encore beaucoup sur les histoires ou les mondes que nous créons, les livres, les films. C’est très agréable.

 

 

 

A quel public s’adresse votre livre ?

Mes facéties ont été écrites pour la jeunesse, c’est-à-dire qu’on pourra les lire jusqu’à quatre ou cinq fois vingt ans. Il me semble que le plaisir des contes réside d’abord dans la narration partagée et en ce sens, mes premiers lecteurs seront sans doute des auditeurs. Ils auront certes appris à lire mais découvriront peut-être ces histoires à travers la voix d’un proche ou d’un enseignant.

Si nos élèves aiment que l’on raconte, ils disent aussi apprécier qu’on

lise parce que le rythme, le timbre de voix et le rapport au récit ne sont pas les mêmes. Un lecteur est moins présent qu’un conteur, les phrases sont construites différemment et le moment où le fil du texte se déroule de façon toute naturelle est apaisant.

Dans un second temps, un autre plaisir des contes en général est celui de la redécouverte permanente de ce qu’ils nous disent… Ou de ce qu’ils nous cachent. L’histoire du gouffre d’Estramar, par exemple, est toute simple. En s’interrogeant sur les lieux, on se rendra compte que le puits du silence et la salle de Jordi existent bel et bien. Lors d’une autre lecture, peut-être fera-t-on quelques recherches sur les néréides et trouvera-t-on des coïncidences « zoologiques » qui feront sourire. Enfin, bien plus tard, à l’âge où l’on pense qu’il n’est plus temps de lire un conte, tombera-t-on incidemment sur un texte de Yourcenar, « l’Homme qui aima les Néréides » et sourira-t-on encore de cette facétie.

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